Licornes, paillettes et Bubullette.

Paraît que je suis sympa. Au boulot. Rien que ça. Et que je ne râle même pas. Pas trop. Au boulot. Je n’en avais pas conscience jusqu’à un matin où, fatiguée, j’ai lâché un « Humpf… » à une collègue qui s’est empressée de questionner d’autres collègues sur la raison de mon humpfage, parce qu’en général « Elle ne râle jamais, elle est toujours au taquet, alors là, tu vois… ». Et que les autres collègues ne lui ont pas rétorqué « Elle ? Toujours au taquet ? Attends, on parle bien de Bubullette ? Ahah, « toujours au taquet », ahahah ! » (Yopla, pudeur et pseudo-anonymat oblige, je remets Bubullette en scène).

Après analyse, il est vrai que Bubullette est fan de post-its-positifs laissés à droite à gauche, de chansons entraînantes, de petits pas de danse, de « OK, viens on va en parler. », de trafics de « gâteaux de requinquage » (longue vie aux Schokob… petits-œufs-en-chocolat-avec-un-cœur-au-lait-fondant-et-des-éclats-de-noisettes-croquantes !), de rires et de joie dans les cœurs. Elle aime les gens, elle aime la vie, et elle essaye de ne pas trop toujours râlouiller quand ça lui est possible.

Malheureusement, la fatigue, la charge de travail (projets divers – plutôt chouettes, on en reparlera peut-être -, audits internes obligeant à faire un peu n’importe quoi sur le moment parce qu’il faut du temps pour arriver à rassembler les documents pour prouver qu’on fait tout dans les clous en général sauf en ce moment), les pauses déjeuner qui n’en sont plus vraiment (« T’as vu le programme d’Untel ? Non mais attend, faut vraiment être c*n pour vouloir voter pour lui quoi ! »), le café trop froid (pour éviter le malaise du « Euuuh, oui, faut vraiment être c*n, huhu… »), les chocolats qui fondent (sauf quand ils tombent dans le café, qui est trop froid, à cause de M. Fillon et M. Mélenchon, merci les gars !), … n’aidant pas, il est difficile de maintenir le cap du hippie-style. A cela s’ajoute une culture institutionnelle de plus en plus tournée vers des « objectifs-cibles », des « enjeux de performances », des « Dis-moi un peu ce que tu fais pour qu’on voit si on ne peut pas te rajouter du travail t’aider à le faire mieux. », et les risques de « Humpf… » s’accroissent inexorablement.

Bubullette n’y coupe malheureusement pas, et, si elle essaye néanmoins de modérer ses propos, d’arrondir les angles, de mettre des papillons dans sa voix ou de rester un chouilla en dehors des conflits interpersonnels, il est clair que les « OK, viens on va en parler. » se font de plus en plus rares, et qu’elle distribue davantage les gâteaux de requinquage comme des cachetons-anxiolytico-placebos et non plus comme des petits-gateaux-de-mamie-kiki.

Mais parce que cela ne la satisfait pas, Bubullette a tenté d’instaurer d’autres solutions, plus extérieures à elle et n’impactant pas sur son temps de travail, afin de rebooster le moral des troupes. Il y a belle lurette, elle avait pensé lancer l’idée d’un carnet type « Livre d’or du CMP » (centre médico-psychologique, là où elle travaille), dans lequel tout un chacun aurait pu inscrire ses instants coup-de-coeur, comme celui que je vous avais raconté ici. Mais finalement non. Elle avait fini par se dire que l’expression libre ne pourrait pas convenir à tous, et que bien que les collègues soient majoritairement de sexe féminin (bouuuh, qu’est-ce qu’elle va encore insinuyer ?), tout le monde n’adhèrerait pas au fait d’écrire dans un journal-intime-public. Et puis, pour avoir pu instaurer d’autres dispositifs, elle sait que le délai avant que les collègues en voient l’usage peut être très long, et avoir un livre d’or qui demeure vierge au fil du temps peut miner encore plus l’ambiance. Et l’ambiance s’était naturellement apaisée.

Et puis, un jour, les hauts responsables ont décidé de former tous les professionnels de l’institution à un tout-nouveau-tout-beau logiciel permettant de déclarer, à tout moment en 3 clics et depuis tout ordinateur, le moindre cheveu dans la soupe / grain de sable dans l’engrenage / la moindre cou… bref, le moindre « événement indésirable ». Un (attention accrochez-vous) « logiciel de workflow pour informatiser le circuit de création et de mise à jour des fiches de risque, proposant une solution parfaitement opérationnelle de gestion des risques, mais également une plate-forme de gestion de workflows qui permettra d’implémenter en fonction des besoins tout autre type de workflow. ». Quand je dis « WORK ! », vous répondez « FLOW ! », c’est parti : « WORK ! », … « WORK ! », … wouhou ? Y’a quelqu’un ? Brrrr, les jargons et anglicismes managériaux, quelle horreur… Ça me rappelle une mission événementielle avec un chef de projet qui souhaitait des « news de nos fichiers de reporting : photos de nous en train de flyer des étudiants et d’étudiants qui lisent les flys en amphi, évents Facebook, … ». M’enfin, j’peux pas comprendre, je suis une provinciale.

Trêve de digressions. Tout le monde a donc été formé à ce logiciel, permettant de déclarer des problèmes. Or Bubullette a un chouette collègue avec qui elle fait des thérapies familiales, collègue qui s’efforce à ce que les entretiens soient portés non pas sur les problèmes (« Ok, vous souhaitez lui mettre un coup sec derrière la nuque… ») mais sur les solutions (« … mais qu’est-ce qui vous en a retenu, jusqu’à présent ? »). Ce positionnement collèguial allant dans le sens du hippie-style Bubullesque, elle s’est dit (en ronchonnant un peu parce que quand même ça lui arrive) : « prendre en compte les trucs qui n’vont pas, c’est une chose, mais s’agirait aussi d’arriver à se réjouir dans la durée des trucs qui vont bien… ». Elle a donc proposé aux équipes une version gentiment parodique de ce tout-nouveau-tout-beau logiciel afin qu’ils puissent déclarer, à tout moment en 3 croix et sans avoir besoin d’ordinateur, le moindre événement « désirable ».

Ça se présente sous la forme d’un classeur basique ayant pour titre :

« Innov : le logiciel papier classeur de recueil des événements désirables. »

avec comme texte introductif (plein de mots) :

texte postiv

et regroupant plusieurs fiches vierges prêtes à être remplies (que je ne vous mets pas en entier pour des raisons de propriété intellectuelle – captures d’écran du logiciel retouchées avec positivisme – mais en gros ça ressemble à ça) :

ex fiche 2

Et… n’arrivant pas à trouver une fin qui claque à cet article, je vais finir sur « Voili voilou ! ».

Et vous, comment arrivez/essayez-vous d’instaurer une culture de « joie professionnelle » sur vos lieux de travail (mis à part à travers l’alcool et les licornes, c’est interdit par ici) ? 🙂

Mais que fait l’éducation positive ? : retours.

Ca y est, on l’a fait, plus de 1000 partages sur Facebook pour le dernier article de Bubullette !

1000-partages

Bon, elle se doute que tous ne sont pas en sa faveur, mais merci de l’avoir fait voyager (et réviser apprendre découvrir sa géographie) !

pays

Peut-être qu’une suite viendra, peut-être pas, mais pour l’instant Bubullette met ce sujet en stand-by du fait de beaucoup de boulot et pleiiiin de projets nettement plus concrets que « Peut-on dire « NON ! » sèchement à son enfant sans en faire un traumatisé-de-la-vie ? » ou encore « En quoi la peur fait-elle partie intégrante du développement de l’enfant et vouloir l’abolir à tout prix c’est s’asseoir -avec entrain et en prenant beaucoup d’élan- sur la psychologie de l’enfant. » (ah, ah non, ça on n’en a pas encore parlé, spoiler alerte !).

Il est possible que les prochains billets concernent :
– une proposition de démarche d’évaluation de la douleur chez les enfants « autistes »
– des idées de jeux pour les enfants dits « hyperactifs »
Ou pas. On verra !

Merci à tous pour vos échanges, qui ont ouvert de nouvelles pistes de réflexion, dont certaines intéressantes, d’autres questionnantes, d’autres… intrigantes.

traumatisme

irm

Cyniquement vôtre (mais juste pour cette fois, autrement elle est vraiment sympa),

Bubullette

Mais que fait l’éducation positive ?

« Non, mais juste NON quoi… *soupirs* ». Voilà, en ces mots, l’état d’esprit de Bubullette lorsqu’elle finit l’un ou l’autre article sur (achtung, sujet tabou à ne surtout pas dénigrer ouloulouh) : l’éducation/la parentalité positive-créative-consciente-bienveillante-et-non-violente.

Pour des raisons inconnues jusqu’alors, Bubullette a toujours eu une réaction épidermique à la simple vue des termes « éducation bienveillante » et tous leurs dérivés. Alors elle a décidé d’analyser de plus près la chose, en rejoignant une petite quinzaine de groupes Fb allant dans ce sens et en étudiant pendant 4 mois les publications qui y étaient partagées.

Histoire de poser le décor :
Bubullette rencontre souvent des jeunes parents en difficulté sur la question éducative, souvent parce qu’ils se rendent compte que leur enfant ne réagit pas de la même façon que ceux à la sortie de l’école, que celui de la voisine de pallier, ou même que ses frères et sœurs. Parfois (chez nous, pédopsychiatrie oblige) parce qu’il a un réel trouble réellement acté, mais parfois parce qu’il est « juste » différent, qu’il est « juste » né à une période différente de leur existence, et qu’il faut « juste » s’adapter davantage à sa façon d’être.

Bubullette a constaté que les parents sont très fréquemment mis à mal par leurs questionnements, et recherchent des recettes éducatives toutes faites, non pas parce qu’ils ne sont pas en mesure d’en trouver par eux-même, mais parce qu’ils ont peur d’être de mauvais parents, qu’ils ne se sentent jamais parfaits, qu’ils veulent qu’on valide, nous professionnels, leur façon de faire. Souvent, ils évoquent timidement leurs actions éducatives, de peur d’être mal perçus, à travers des phrases paradoxales type « Oui oui, on l’a mis dans sa chambre, ça a marché, il s’est calmé, mais on ne le refera plus hein ! …». Bah pourquoi ? Va falloir m’expliquer là, ça a marché mais vous ne recommencerez plus ? « … On sait que ça n’est pas bien. ». Ah ? Ah. Oh…  

Alors ils lisent, ils cherchent à se rassurer. Bon, regarder un poste doctissimo quand bébé ne fait pas ses nuits, c’est une chose, ça rassure, on se dit « Oh bah ça va, y’en a d’autres qu’ont vécu ça. ». Là où ça devient réellement agaçant (pour Bubullette), c’est quand ces parents, déjà en plein doutes, tombent sur des avis se servant de ce questionnement mi teinté d’angoisse (« Mon enfant est-il normal ? Suis-je normal ? »), mi teinté d’énervement (« J’en peux plus d’ce gosse, dites-moi qu’il va bientôt la boucleeeer ! ») pour vendre UNE attitude, THE attitude à adopter. Sans connaître les ressources du parents, de l’enfant, le contexte.

Petite conversation avec la voisine et hop, on file à la librairie acheter 3 bouquins de Filliozat. Petite dispute avec son « 2 ans chiant », et hop, on check sur Google « Comment puis-je me faire respecter par mon enfant ? » et on tombe directement sur des vidéos du style « Votre enfant vous respectera si VOUS le respectez. ». Ouais. Sympa. Merci. « Edouard, je te respecte pleinement dans toute ta diversité de petit être démoniaque, aurais-tu l’amabilité d’enfiler ton slip AVANT de mettre ton pantalon ? ».

Au lieu de rassurer les parents, de leur permettre de trouver en eux la force nécessaire pour transmettre à leur progéniture les valeurs qu’ILS souhaitent, et assumer pleinement LEURS choix, la société actuelle semble davantage surfer sur la vague de mal-être parental, que ce soit sournoisement dans les publicités (Oulalah, vous avez l’impression de ne pas passer assez de temps avec vos enfants ? Mais non, c’est faux, ils vous aiment, et encore plus si vous leur offrez des Kinder Sur… œufs en chocolat qu’on mange pour avoir le jouet au-dedans), ou plus ouvertement à travers des courants éducatifs, lancés et soutenus par des psycoachs, courants se voulant dominants/parfaits/adaptés à tous, et basés sur des études neuroscientifiques « à transmettre à tout réfractaire », youhou youhou.

C’est parti pour le défoulement Bubullesque…

L’éducation positive : qu’est-ce ?
Véritable religion (on « y croit », on « espère », on « s’y convertit ») l’éducation positive se veut une nouvelle forme d’éducation « qui ne bride plus la spontanéité naturelle de l’enfant, afin qu’il puisse s’épanouir dans la vérité de son être et la créativité de son désir. ». Ainsi soit-il.

Sauf que (première d’une longue suite de critiques, vous m’en voyez navrée) c’est sournois tout plein, parce que, de base, tous les auteurs phares ne sont pas sur la même longueur d’onde (phare, ondes, t’as vu?). Certains estiment qu’il faut laisser l’enfant construire tout seul ses limites, qu’il ne faut surtout pas vouloir des choses à sa place, pour lui (par exemple qu’il fasse des bisous à mère-grand, mais aussi bien qu’il apprenne à lire parce que « décider pour l’enfant ce qu’il doit savoir ou vers quoi il doit tendre n’est pas très respectueux. »).

« Un enfant « bien élevé » n’est pas un enfant soumis, apeuré. L’enfant est spontanément curieux, enthousiaste. Il se mobilise pour ce qui l’intéresse, le motive et ce qui lui paraît juste. Dès tout petit, dès qu’on le contraint, il proteste. Ayons confiance en nos enfants. Entourés de notre bienveillance, ils développeront leurs propres règles intérieures, progressivement, en nous voyant agir. » (Catherine Gueguen)

D’autres voient davantage l’éducation positive comme une façon d’obtenir de l’enfant ce que l’on veut, mais sans user de menaces, en « l’influençant » simplement (utilisation du terme de « coopération »).

« La cause la plus importante de la tension à l’adolescence est que les parents veulent contrôler leurs enfants alors qu’ils n’ont plus aucun pouvoir. Ils se demandent alors ce qui se passe, pourquoi la discipline ne marche plus. La plupart des parents ne se rendent pas compte que l’érosion de leur pouvoir leur a ôté toute forme d’influence sur leurs enfants. A force de se faire obéir par le pouvoir, les parents n’apprennent pas comment influencer leurs enfants. Devenus adolescents, les jeunes peuvent faire tout ce qu’ils veulent en l’absence de tout contrôle et de toute restriction. On accuse alors les parents à tort de se montrer trop permissifs, ils sont simplement des parents autoritaires devenus impuissants. Alors ils s’en mordent les doigts » (Thomas Gordon)

Selon les définitions fournies par les administrateurs des pages Fb que Bubullette a consultées, l’éducation positive a pour but de « vivre et grandir en harmonie avec son enfant », de « faire du bonheur et de la joie de vivre les véritables buts de l’éducation », d’ « accompagner son enfant avec le moins de violences possibles et de façon respectueuse pour chacun », « sans s’énerver », « en supprimant des pratiques éducatives les châtiments corporels (fessées, claques, tapes, etc.) et les violences psychologiques (chantages, menaces, culpabilisations, punitions, isolements et mises à l’écart, etc.) », parce que ces « Violences Educatives Ordinaires », « fessées, punitions, gifles, humiliations, donnent de la dépression, de l’anxiété, de l’agressivité, des troubles de la personnalité, des troubles dissociatifs, des addictions… tandis que quand on est chaleureux avec un enfant, son cerveau mature et l’ocytocine se sécrète. Il devient empathique à son tour. », de « ne pas chercher l’obéissance mais le développement de l’enfant », parce que « faire obéir, c’est manipuler, c’est chosifier l’enfant selon ses désirs d’adulte, c’est nier l’existence même de l’enfant en tant qu’être humain ».

Derrière ces « belles » paroles pavées de « bonnes » intentions, l’excès est de mise pour rallier un maximum de personnes à la cause, afin de faire de la génération future une génération de paix et d’amouuur.

Déjà, s’auto-proclamer « positive », « créative », « consciente », « bienveillante », « non-violente » etc…, ça énerve bougrement Bubullette. Outre le fait d’essayer d’être incritiquable, d’imposer ses idées comme « la base » tout en étant « le but ultime », ces termes ont le don de faire germer davantage de doutes encore dans l’esprit des jeunes parents. Qui voudrait d’une éducation négative, vide, inconsciente, malveillante, violente ? Personne. Mais si l’on ne suit pas les conseils de parents positifs, n’est-ce pas que l’on est négatif ?

Culpabilisation… Les tenants de l’éducation bienveillante ne se gênent aucunement pour estimer que si un parent punit, c’est qu’il n’est pas capable de comprendre son enfant, et même ne le souhaite pas. Si un parent dit « Non. », sans polémiquer pendant des heures, c’est qu’il instaure une relation hiérarchique et aliène son enfant. Comme s’il n’était pas possible de poser des règles, des punitions lorsqu’elles sont enfreintes, sans être à l’écoute de son enfant. Et comme si un comportement, à un temps T, face à une situation donnée, définissait votre style éducatif et le niveau d’importance que vous accordez au bien-être de votre enfant. Sympa, le jugement.

Autre exemple de réflexion manichéenne : les « violences physiques et psychologiques » contre lesquelles lutte l’éducation bienveillante. Les sites faisant l’état des lieux des violences que subissent les enfants utilisent l’exemple d’enfants tués par leur parents, de pratiques éducatives consistant à « frapper un enfant et le plonger pieds et poings liés dans une baignoire d’eau froide », pour faire interdire la fessée, boycotter Super-Nanny, ou même proscrire l’acte-même de punition, de peur que les parents dérapent (« Une fessée n’a jamais tué personne : faux ! », peut-on lire dans une campagne de sensibilisation contre la violence éducative).

educ-2

A noter que certains groupes anti-Violence Educative Ordinaire sont encore plus bienveillants que les bienveillants, considérant que l’éducation positive est finalement négative puisqu’elle vise à éduquer. Les anti-VEO souhaitent ainsi, pour certains, mettre tout bonnement fin à l’éducation. Bubullette est tombée des nues dans les pommes sur un groupe « luttant contre toute forme de violence éducative et pour le changement des rapports traditionnellement existants entre adultes et jeunes. Rapports basés sur la domination, la crainte, le « respect » unilatéral et le « devoir d’obéissance » des enfants/ados envers les adultes. », groupe dans lequel vous ne trouverez pas de « conseils visant à obtenir l’obéissance par la « discipline positive » ou le « façonnage en douceur » (éducation positive), toutes ces choses faisant partie intégrante de la violence éducative ordinaire et étant tout autant à combattre que les gifles ou les fessées. ». Défibrillateur, pleaaaaaaaaze ! Ni Dieu, ni maître, mais vive l’enfant-roi ! … mais Bubullette dit ça très probablement parce qu’elle souhaite garder sa suprématie dictatrice du fait de son manque de confiance en elle du fait d’une éducation malveillante (non maman, j’déconne).

L’éducation positive prône ainsi la perfection, la blancheur immaculée parentale, la paix, l’amour, les poutous et les discours bienveillants en réponse à tout ce que peut mettre en œuvre un petit être fourbe enfant. Des papillons dans la voix.
Il est 8h, votre 3 ans refuse de prendre son petit dèj : vous vous posez, parlez avec lui, tentez de comprendre pourquoi il est chiant ce qui est difficile à vivre pour lui, rusez pour lui proposer une alternative (tant pis, vous mangerez ses céréales lors de votre pause de midi), et l’emmenez à l’école avec ½ heure de retard tout en expliquant la chose à la maîtresse, des papillons dans la voix.
Il est 20h, votre même 3 ans refuse de prendre son bain : vous vous posez, parlez avec lui, tentez de comprendre pourquoi il est chiant ce qui est difficile à vivre pour lui, rusez pour lui proposer une alternative (tant pis, ce soir il se couchera cracra mais demain matin, pas le choix ! Enfin, si…), et l’emmenez se coucher 2h plus tard, puis rejoignez votre mari afin de lui narrer votre formidable journée, des papillons dans la voix.

Tout dans l’excès…

L’éducation positive fournit des injonctions de choses à ne pas faire. Ne surtout pas brusquer / crier / punir. Elle donne également des conseils, des recettes toutes faites de comment réagir si :
– votre enfant vous parle mal (mais c’est euh, parce qu’il n’a pas encore acquis, euh… tous les réflexes, euh… de culture de notre société) : ici
– votre enfant de 4 ans tape sa petite sœur (bon, faut pas cautionner, mais il ne faut surtout pas lui dire que c’est pas bien ! Il ne se contrôle pas encore, ça disparaîtra tout seul vers 5-7 ans, courage!) : ici

– votre enfant ne veut pas mettre ses bottes (faites-lui mettre en détournant son attention, surtout ne pas le frustrer hein, même si cela vous oblige à mettre vous aussi des bottes. Absolument pas raccord avec votre tailleur. Mais le bien-être de l’enfant AVANT le votre, parce que VOUS êtes un adulte, alors c’est à VOUS de vous adapter à lui) : ici
– votre enfant ne respecte rien (donc il faut lui donner un choix libre et éclairé, histoire de le couillonner. Et ne surtout pas imposer. Le faire participer aux choix des règles de la maison. Quant à la punition, oulalah, c’est si humiliaaaaant.) : ici

Cependant, si certains font attention aux âges des enfants avant de donner des conseils adaptés face à une colère, et que d’autres essayent de comprendre au mieux le pourquoi du comment de la colère, d’autres encore conseillent la même attitude pour tous les enfants du monde entier, de l’infini et au-delà. Ce qui génère, sur les blogs / forums / groupes, des divergences éducatives assez flagrantes.

« Demande : Mon enfant de 3 ans ½ ne veut pas ranger ses jeux, comment faîtes-vous ?!
Réponses :
– Lâcher prise…. ils sont tout petits…. ranger n’a pas de sens… c’est de la discipline de les faire ranger, c’est vouloir qu’ils obéissent…
– Si moi je veux que ce soit rangé je range si elle m’aide c’est cool si elle veux ranger je peux aussi l’aider mais si personne n’a envie ça reste par terre !
– Je pense que les enfants sont capables et doivent ranger un minimum. ça fait partie de la vie de devoir ranger et je ne trouve pas que ça soit de la discipline mais pour moi du bon sens et de l’éducation.
– Ça dérange les adultes pas les enfants. Du coup ON range et l’enfant aide et si certains jours l’enfant n’aide pas c’est PAS grave. »

« Demande : Ahhhhhhhhhhhhhhh j’en peux plus avec mon fils de 3 ans !!!!!! *décrit une journée de calvaire*
Réponses :
– Quand il doit se déshabiller je lui demande si il veut enlever le pull ou le pantalon en premier. Lui donner l’impression qu il choisit ?
– Je vis la même chose…. horrible ! ?
– Je lui dis « monsieur le roi de la planète des escargots à bretelles, vous voulez une glace en forme de voiture ou une glace à la poudre qui rend transparent? » Il se marre, moi aussi. Et souvent on part dans des histoires sans queue ni tête et il oublie qu’il voulait une glace.
– Est-ce que tu as tenté des compromis? Sans virer au chantage bien-sur !
– Vous connaissez Isabelle Filliozat, Catherine Dumonteil-Kremer , Catherine Gueguen ?
– Il doit être dans une phase de contestation ou d’affirmation.
– Je vis exactement pareil »
(captures d’écrans à l’appui #nobulshitt)

Voilà comment fonctionnent les échanges relatifs à l’éducation positive dans les différents espaces que Bubullette a pu étudier : maman (rarement papa) craque, violemment généralement (« je m’en veux, j’ai craqué, crié !!! », « je pète un câble avec ma 3 ans !! »), le tout teinté d’une déculpabilisation massive des enfants (« 2 ans ½ c’est un peu comme une primo adolescence, ils se sentent bcp frustré », « C’est un âge tellement compliqué », « la grande de 5 ans […] veut, veut pas, veut, veut pas. Je sais qu’elle ne le fait pas consciemment… », « Depuis l’age de 18 mois il est dans l’opposition c’est normal mais cela s’arrête pas », « Les magasins ne sont pas fait pour les enfants, leur cerveau ne peut pas emmagasiner autant d’infos, donc ils sont sous stress et s’agitent et font des crises… »), et d’une culpabilité massive de la maman (« j’en peux plus d’être moi!!!!! », « pourtant je pense tout essayer, mettre du jeu, du temps, moins de cri…mais c’est compliqué!!! Je ne sais plus comment agir avec lui… J’ai essayé plusieurs approches mais cela ne s’améliore pas. »), et mamans-positives soutiennent maman-négative pour qu’elle persévère sur le « Ô combien long et fatigant chemin vers le bonheur et le développement personnel de son enfant ».

Du côté des parents :
Les parents (mamans, ne nous gênons pas pour le dire) les plus à l’aise avec l’éducation positive, ne venant pas « Helper » internet pour savoir « Comment faire pour », et se positionnant comme exemple, semblent avoir un bon niveau de capacité à maîtriser leur calme, à s’introspecter en continu, sont adeptes de méditations de pleine conscience et ont « déjà travaillé sur elles-mêmes ».

Leurs publications sont des tirades critiquant la société dans laquelle nous vivons, ponctuées de « Ainsi désormais il serait bon ton de… », « Je doute fort que l’on puisse régler quelque problème que ce soit en… », … des conseils lectures, des dissertations suite au visionnage de reportages, des publications juridiques, scientifiques…

Les mamans plus en difficulté, appelant à l’aide, semblent avoir des capacités un peu moindres. Leurs messages sont légèrement plus ponctués de fautes qui picotent les yeux et de smileys-chatons-envoyant-des-coeurs-sous-un-bel-arc-en-ciel, mais surtout ces mamans ont l’air :
– de ne plus savoir quoi faire
– d’être « prête à tout » et d’essayer demain le conseil de Bidule1, et après-demain celui de Bidule2
– de se haïr pour garder une image positive de leur charmant bambin qui refuse de s’alimenter/ranger/dormir
– d’être méchamment au bout du rouleau.

L’éducation positive serait-elle un truc d’intellectuels ? De gentils-hippies cultivés ? De personnes suffisamment peace&love/sous médocs pour garder leur calme en toute circonstance ? Si les parents-positifs expliquent comment gérer l’après craquage (en expliquant à bébé que maman était trèèès fatiguée et en lui demandant de leur pardonner), les risques de craquages parentaux semblent grands et d’autant plus dangereux que totalement inconsistants, imprévisibles, et source de culpabilité chez les parents. A force de croire que tous les comportements de leur enfant sont compréhensibles (les témoignages des très jeunes parents que Bubullette entend allant au contraire dans le sens du « J’y comprends rien à ce qu’il me veut. Interprèèèèèète ! ») en lisant des livres, livres qu’ils n’ont pas le temps de lire puisque leur enfant ne fait toujours pas ses nuits à 4 ans, à force de se contenir H24, à force de papillons dans la voix et de « oui mon chéri ? », la grande majorité des témoignages fait état de périodes de « non éducation positive » qui semblent encore plus violentes que la « violence éducative ordinaire », sans parler des très nombreux posts de prévention du « burn-out parental », commençant par « Je sais qu’on est nombreuses à être passées par là à un moment. » (#ventederêve).

« Comment le beau rêve initial du couple, d’avoir un enfant et de fonder une famille, se transforme-t-il en cauchemar ? Au bout de leurs réserves d’énergie, de plus en plus de parents viennent consulter pour dépression parentale : ils arrivent effondrés, vidés, et décrivent l’enfer qu’ils vivent au quotidien. Dès deux ans (voire avant), leur enfant s’agite, boude, s’oppose, et chamboule le foyer. Malgré tout l’amour qu’ils lui apportent, les parents ne parviennent pas à éviter ni son hostilité ni ses caprices. Un sentiment de déception, d’incompréhension et d’injustice prend place, au regard de leur investissement et de leur bonne volonté. Contre toute attente, leur enfant est pénible. » (lu ici)

Sauf que, parole de psy, un parent qui ne va pas bien, c’est un enfant qui ne va pas bien.

Et pourtant, Mme Filliozat, LA star dans le domaine, écrit : « Un enfant n’a pas besoin de parents parfaits, il a besoin de parents suffisamment bons. Un enfant veut rencontrer non un rôle en face de lui, mais une personne, une vraie personne, avec ses émotions et ses propres besoins, ses pensées et ses valeurs, ses compétences et ses limites. […] Toutes les mères sont de mauvaises mères… et de bonnes mères. En fait, elles seraient de meilleures mères si elles ne cherchaient pas tant à être bonnes. ».
A quel moment, donc, ça a dérapé dans la tête des parents ? Et à quel moment Mme Filliozat s’est dit « Tiens, si j’écrivais 20 livres pour apprendre au parent à être lui-même ! » ??

Pour aller encore plus loin, les théories psychanalytiques suggèrent que le parent DOIT être imparfait. Même plus seulement composer avec l’imperfection, mais l’accepter pleinement. Mr Winnicott écrira : « La mère, par une adaptation qui est presque de 100%, permet au bébé d’avoir l’illusion que son sein, à elle, est une partie de lui, l’enfant. Le sein est ainsi dire sous le contrôle magique du bébé. (…) La tâche ultime de la mère et de désillusionner progressivement l’enfant. ».
Désillusionner. Un enfant a besoin d’être, par petites touches et de façon responsable, sans pour autant que soit mis à mal son « sentiment continu d’exister  » (en n’étant pas dans la carence quoi), confronté aux manques, aux frustrations, aux malentendus, pour pouvoir se constituer comme individu à part entière et vouloir aller voir ailleurs si la maman y est  et découvrir le monde. Winnicott parle de « mère suffisamment bonne », « banalement dévouées », de « good enough mother ».

educ-4educ-5

 

 

Mr Sauguet, psychologue (ouais, ça doit être pour ça), dit même que l’éducation bienveillante peut devenir dangereuse : « Quand un enfant se sent au cœur d’une ambition parentale aussi forte que celle qui est véhiculée par l’éducation positive, a-t-il vraiment la possibilité et la liberté de trahir les désirs de son parent ? Je ne le pense pas. Ce renoncement ne peut se faire qu’au détriment de la construction de son autonomie et de sa subjectivité. ».

Enfin, une autre variable permettant la mise en place de façon sereine d’un tel type d’éducation semble être le temps passé auprès de l’enfant. Les questionnements de mamans les plus en difficulté mentionnent souvent des « horaires de travail compliqués », une fatigue professionnelle qui impacte sur la bienveillance. D’autres maman, se positionnant en « sachantes », semblent avoir tout le temps qu’il faut pour négocier / discuter / débattre avec leurs charmants bambins. Et pour prendre du temps pour elles (cours de yoga / sophro et j’en passe). 

Du côté des enfants :
Une chose qui a surpris Bubullette, c’est le nombre de posts concernant des « tests en cours », en vue de déceler si l’enfant n’est pas un surdoué (« HP », « EIP ») qui s’ignore (ce qui expliquerait « le caractère émotif et coléreux qui a empiré depuis l’école »), ou validant un trouble autistique (« TSA ») très léger tellement « qu’il se voit pas » (expliquant « son côté maniaque anxieux »), lorsque ce n’est pas toute la fratrie qui est différente (« Mon 1er enfant HP et TDA, mon 2e enfant hypersensible, mon 3e pareil que mon 1er et mon 4e juste HP »).

L’éducation bienveillante semble beaucoup s’appliquer à des enfants définis comme « hypersensibles » (mot trèèèès fréquent), mais difficile de savoir si le parent met en place ce style éducatif en réponse à l’hypersensibilité de l’enfant, ou si l’enfant devient hypersensible, en réponse au style éducatif du parent…

Les parents se saisissent également d’autres entités diagnostiques pour définir leurs enfants. Ne rentrant (étonnamment) pas trop dans des théories du type « Mon enfant est Indigo, quelle est la couleur du tien ? », les parents-positifs se saisissent néanmoins de certaines nouvelles entités diagnostiques (lancées par des psy-quelquechoses qui étonnamment ont écrit beaucoup de livres à vendre) pour expliquer et valider le comportement de leur enfant. Bubullette a ainsi découvert une nouvelle entité diagnostique pour définir les « bébés épuisants » : le Bébé Aux Besoins Intenses (pas encore dans le dernier manuel diagnostic, mais ça va probablement venir aussi, juste là, entre le Trouble du Déficit de l’Attention avec ou sans Hyperactivité – TDA/H – et le Trouble Oppositionnel avec Provocation – TOP -) : des bébés « jamais satisfaits, qui pleurent tout le temps, qui sont hypersensibles, hypertoniques, hyperactifs […] angoissés par la présence d’étrangers […], ont besoin qu’on réponde à leurs demandes tout de suite […] peuvent réagir violemment à la séparation […], qu’aucun doudou ne calme, qu’aucun jouet ne divertit […], dont les réactions sont imprévisibles […] qui veulent toujours les bras mais raidissent leurs membres quand on le porte […], qu’un rien ne réveille, … » (article ici, partagé par une maman positive et commenté par pleiiin de mamans qui ont un enfant (et non plus un bébé… !) similaire à la maison). Loin de Bubullette l’idée de tout pathologiser, mais si un parent consulte pour un enfant qui présente ces comportements, chez nous il y a de fortes chances pour que l’on s’inquiète quand même un peu. Genre un p’tit attachement insécure ambivalent. Qui ne permet absolument pas ce que désire l’éducation positive, puisqu’il « limite les potentialités de développement optimal, en particulier la négociation des conflits, le confort émotionnel, la liberté cognitive et la qualité des relations sociales proches. »…

En termes de théories, l’éducation bienveillante mise sur le postulat que les enfants sont bons par nature, ne faisant jamais de caprice délibéré (c’est juste que l’environnement lui envoie trop d’informations, donc du coup il veut maîtriser au moins un truc en s’emparant du sachet de bonbons, oui oui), du moins avant 5-6-7 ans. Parce que :

« Le « caprice » tel qu’on l’entend induit la notion de manipulation : l’enfant se mettrait dans tous ses états pour obtenir ce qu’il veut. Or avant l’âge de 4-5 ans, c’est tout simplement impossible : il n’en a tout simplement pas les capacités intellectuelles. Un test simple consiste à prendre une boite à forme et à demander à l’enfant d’insérer une forme dans le trou correspondant. S’il doit tester avant de trouver le bon trou, s’il ne réussit pas du premier coup à chaque fois, s’il ne parvient pas à formuler verbalement la bonne réponse, alors il n’est pas capable de manipuler ses parents. ».

Ah ? Curieux…
Et après 5 ans, ce n’est pas non plus un caprice, parce que :

« Lorsqu’un adulte a soudainement une réaction disproportionnée, ses proches vont dire qu’il a eu une mauvaise journée, qu’il est tendu en ce moment parce qu’au travail ce n’est pas facile, qu’il a besoin de se reposer ou de prendre du temps pour lui. Lorsqu’un enfant a une réaction disproportionnée, c’est un « caprice ». ».

Alors, ok, ça se tient, mais faudrait voir à ce que différencier « caprice » (intentionnel) et « crise » (non intentionnel) ne légitime pas la relou-terie de l’enfant. Parce qu’une fois adulte, la dame a beau dire que l’entourage est aimant et compatissant, toute « réaction disproportionnée » n’est pas tolérée, sauf si vous voulez passer pour « l’hystéro de la boîte », ou « la fille qui tire la gueule », ou « la chieuse du coin ». S’agirait, justement, d’apprendre tout petit que ce genre de comportement n’est pas acceptable. En public. (Parce qu’en privé, avec l’homme, Bubullette se lâche. Mais il sait comment y faire pour la calmer. Un coup sec derrière la nuque un gâteau et c’est reparti !).

Paradoxalement, si l’éducation bienveillante n’attribue pas d’intentionnalité aux comportements problématiques des enfants, ses tenants sont très (trop?) au fait de « comment est le cerveau d’un 1/2/3/4/5 ans », ne se questionnant à aucun moment sur la possibilité que l’enfant de la dame qui demande de l’aide soit un peu neuneu en retard. Selon les éducateurs-bienveillants, les enfants sont tous fort intelligents, de vrais « petits scientifiques », ayant besoin de tout expérimenter par eux-même. Il est par exemple conseillé de laisser l’enfant décider puisqu’il sait ce qui est bon pour lui, ou, au pire, d’au moins lui proposer des choix. Marrant parce que Bubullette, elle, rencontre pas mal d’enfants qui aimeraient bien que leur parents fassent des choix pour eux, histoire d’arrêter d’angoisser. Peut-être parce qu’ils n’ont pas été habitués jeunes à faire des choix. Peut-être parce que faire des choix, trop de choix, en l’absence de conseils, c’est avoir l’impression de ne pas pouvoir compter sur autrui et être toujours seul face à soi-même. Btw, selon Mr Piaget, la capacité à faire un choix réfléchi ne se fait qu’à partir du stade opératoire concret, à savoir entre 6-7 ans et 11-12 ans. Avant ce stade, l’enfant est un gros noob qui pense qu’il y a plus de liquide dans une bouteille debout que couchée parce que l’eau est plus haute, alors même que l’on a couché la bouteille devant leurs yeux. T’en dis quoi de ça, hein ?

A croire que l’enfant est maître de son destin, on en vient à des raisonnements que Bubullette trouve aberrants, de parents qui interrogent la nécessité ou non que leur enfant (qui court partout et n’a pas conscience du danger) leur tienne la main lorsqu’ils se promènent le long de routes, envoient méchamment paître les personnes qui donnent des conseils pour arrêter l’allaitement (« Le sevrage n’est pas une solution mais une frustration pour l’enfant. Je pars du principe qu’à sa naissance nous n’avons pas laissé le choix au bébé de prendre le sein… Il s’attache, aime ce lait, ce contact, ce réconfort et parce qu’un jour on décrète que cela ne convient plus à la mère on le sèvre de force… Je suis vraiment contre cela. Je dors très peu ma fille de 12 mois bientôt se réveille encore 3 fois par nuit et mon 29 mois à 5h il est levé pour sa téter… mais c’est comme ça j’assume mes choix. Si vous ne culpabiliser pas et que cela vous semble normal, après tant mieux mais ce n’est pas un bon conseil… ») à une maman qui demande réellement des conseils pour arrêter l’allaitement (parce qu’avec un enfant de 28 mois qui veut téter « TOUTE la nuit j’ai bien dit TOUTE la nuit, sans quoi larmes et hurlements », la dame elle n’en peut plus), ou répondent allègrement à la question « Bonjour, pour ou contre les barrières de sécurité pour les escaliers? » par « Je suis contre car c’est en laissant l’enfant expérimenter et apprendre à monter/descendre les escaliers qu’il saura se débrouiller et ainsi ne pas tomber. Si on lui empêche l’accès, le jour où il trouvera un escalier sans barrière, il risque de tomber. ». La sélection naturelle a sûrement été inventée par un mec bienveillant. Malheureusement pour vous, Bubullette a, elle aussi, un livre de Mme Filliozat dans lequel il est clairement stipulé « Le parent connaît toutes sortes de dangers que l’enfant ne mesure pas, il porte la responsabilité de sa santé. Son rôle est clair, il doit assistance et protection à l’enfant. » (Il me cherche, page 119). Alors s’agirait quand même d’arrêter les conneries.

L’éducation bienveillante accorde une place énoooorme à l’enfant, avec des adaptations multiples et illimitées : « Mon enfant aussi est hypersensible. On a enlevé tous les jouets susceptibles de faire une crise. Quand du monde venait on restait à tour de rôle avec lui dans sa chambre enfermé. ». Eviter les conflits à tout prix. Comme si la vie, la vraie, n’était que paix, amour, licornes et paillettes. Mais dehors, c’est l’vrai monde ! (la citation entière ici). Et oui, il y a de la méchanceté, des personnes malveillantes, des contraintes, des limites, … et ne pas y confronter l’enfant dans un cadre familier, c’est peut-être ça, la malveillance. Parce que JUSTEMENT, c’est dans un cadre stable, rassurant et aimant, qu’il faut que l’enfant expérimente les conflits, apprenne, grandisse. Sinon c’est quoi la suite ? On le laisse se casser la figure hors foyer afin qu’au sein de la maison ce ne soit qu’un havre de paix ? « Aurais-tu l’amabilité d’enfiler ton slip AVANT de mettre ton pantalon, ou souhaites-tu que je te laisse comprendre par toi-même que les normes sociales sont également là pour te protéger des railleries de tes petits camarades, railleries évidemment inadmissibles mais, vois-tu, ils n’ont pas été élevés de façon « positive », j’en suis navrée. ».
Parce que c’est joli hein, l’amour familial, le bonheur inconditionnel, mais si c’est pour que l’enfant pète un câble face au rythme d’une journée « normale » (assez soutenu il faut l’avouer, surtout vu les multiples activités périscolaires « nécessaires à l’épanouissement de l’enfant tu comprends »), si c’est pour que l’enfant cherche les limites par ailleurs, si c’est pour qu’il se fasse dominer/railler par ses petits camarades, c’est se mettre le doigt dans l’œil jusqu’au coude que de dire « Blablabla c’est pour son bien blabla épanouissement personnel »… A quel moment le gnome-positif sera-t-il en mesure de se confronter aux sentiments négatifs de gnomes-négatifs ? Le sera-t-il ? Alors certains parents font l’école à domicile, comme ça pas besoin d’y réfléchir. D’autres se sont posé la question, sur l’un des forums que Bubullette suit :

« Quand vous éduquez votre enfant à la Bienveillance et à l’honnêteté et que à l’adolescence il se fait agresser un soir par des malveillants ….comment dire ….voilà que la haine de l’adolescent se réveille. Pourquoi ces gars veulent se rendre si importants avec des menaces et à vouloir faire peur… Aucune intelligence du cœur… ».

Les parents-bienveillants proposent plusieurs solutions : cours d’aikido pour se défendre sans faire de mal, cours de Krav-Maga ou Semi-full-contact (semi ou full du coup?) parce que « avec certains il faut savoir taper plus fort », mais aucun ne note l’aspect « haine qui se réveille ». Le mec se transforme en Hulk et tout le monde s’en fiche. Ok, soit.

Bubullette aime bien les propos que Mr Pleux avait tenu à une conférence : « Le critère d’une bonne éducation est lorsque l’enfant est heureux… AVEC LES AUTRES. » BOUM !

Du côté des… papas ?
Certains sont partis, d’autres ne sont pas là (pas mal de papas militaires, étonnant ça aussi), mais la grande majorité de ceux qui sont présents au quotidien ne semble qu’être une entrave à l’application des bons préceptes bienveillants.

« Son père n’est pas dans l’éducation bienveillante, moi oui (depuis peu), c’est très conflictuel ! Quand elle se trouve qu’avec son père tout va bien ou bien avec moi aussi mais, si nous sommes tout les 3 c’est le désastre.
– Mon homme vient de me jeter à la figure « ton éducation bienveillante j’y crois pas  » mais c’est pas une religion ! Je lui ai parlé des neurosciences de Montessori… Je suis à cours d’arguments il dit que je radote. Help !
– Le mien on est pas sur la même longueur d’onde et c’est difficile de gérer nos différences dans l’éducation. C’est souvent source de dispute. C’est simple depuis que notre fils est né on se dispute toujours par rapport à un truc c’est l’éducation. Il trouve que je suis trop laxiste et que je lui passe tout.
– Finalement ça pleure, ça crie, on est complètement stressés et mon mari et moi finissons par nous engueuler… »

… suivis de conseils du style « Tu ne peux pas convaincre les autres. », « C’est en te voyant faire qu’il aura peut être le déclic  », ou même de partage d’articles expliquant pourquoi les hommes sont si violents (ici). Wow. Mesdames, à quel moment vous estimez être seule maître de votre navire familial ? Vous avez la chance d’avoir un papa qui s’investit dans l’éducation de votre enfant, et vous le bridez allègrement ? L’éducation, c’est déjà LE sujet polémique de nombreux couples, et les divergences éducatives une des causes des comportements de votre enfant. Quid de la « team parentale ? ». La bienveillance ne s’applique donc qu’à votre gentil bambin ? Ayez au moins la décence d’en parler avec votre conjoint et de penser des compromis. A moins que vous ne vouliez faire couple… avec votre enfant… ?

En bref, …
L’éducation positive est un « courant de pensée » regroupant de tout (même du « bon » !) et du n’importe quoi, sous couvert de « On fait mieux que vous parce qu’on est bienveillants, na. ». Plus qu’une méthode, cela ressemble davantage à un cafouillis de méthodes qui se veulent stempelisées… Jajaja l’Alsace !… être certifiées « bienveillantes », allant de la façon d’éduquer (pour ceux qui acceptent ce mot), à la façon « bienveillante » de parler à son enfant lorsqu’il vous a vomi dessus (c’est ici), aux activités « bienveillantes » (Montessori RPZ), aux écoles « bienveillantes », le tout pour une « société bienveillante ». Ces méthodes sont proposées et défendues corps et âme par des parents souhaitant que leur enfant « devienne qui il est », dans une sorte d’injonction au bonheur, parents rejetant pourtant leur être-fondamental, tuant leur propre vécu éducatif, allant à l’encontre de leurs élans pulsionnels.

Histoire de finir sur une note « positive » : UN article (sur la bonne grosse soixantaine lus) qui n’a pas fait bondir Bubullette de sa chaise et lui a même fait plaisir, car faisant coïncider désirs de l’enfant, réalités du quotidien, accords de couple et écoute de soi-même. L’article est ici (clic), sur un blog intitulé « J’arrête de râler » (tiens donc…).

Et pour reprendre les propos d’une blogueuse-maman (ici) qui s’est essayée à l’éducation bienveillante :

« Moi qui pensais découvrir un monde merveilleux fait d’écoute, d’empathie, de bienveillance et de douceur, je me retrouve parachutée dans un univers où les « Il faut laisser bébé pleurer sinon il va te tyranniser. » sont devenus des « Il ne faut pas laisser bébé pleurer, sinon plus tard il sera Serial Killer. ». Pol Pot ou Guy George, choisis ton camp, jeune parent ! ».

Alors, chers jeunes parents, s’il vous plaît, cessez un peu de vous faire autant violence et d’ignorer autant votre spontanéité. Que votre éducation soit principalement le fruit de la rencontre spontanée avec votre petit-être, et non pas de 6 livres, 13 conférences et 47 échanges forumesques. Parce qu’une éducation créée de toute pièce, apprise, incohérente et non-incarnée est, je Bubullette pense, la pire des éducations… C’est dit !

Enfant + écran = Bubullette à cran.

Olah mes lecteurs favoris !

Bubullette prend quotidiennement le tram (… et le train… puis le bus…) pour se rendre à son boulot chéri. Et qui dit « transports en commun » dit « voyager avec le commun des mortels ». Et même si Bubullette aime profondément la nature humaine, ce n’est pas toujours jojo.

Bubullette a fini par s’habituer à ceux qui parlent fort, très fort : les petits jeunes (oh la vieille…) qui beuglent parce qu’ils semblent déjà bien sourds ou souhaitent que les petites jeunes, également bien sourdes apparemment, entendent leurs « exploits » et daignent prendre en considération leur triste existence. Les papys (oh la p’tite jeune…) qui sont réellement un peu sourds et tentent de se faire comprendre par les mamies, un peu sourdes elles aussi. Les mecs un peu bourrés / drogués / pas tout frais qui s’adressent à quelqu’un d’inexistant, mais apparemment totalement sourd également. C’est un fait, les gens ne savent plus communiquer posément. Mais ça, Bubullette le vit presque bien.

Ce que Bubullette a beaucoup de mal à bien vivre, en revanche, c’est l’absence totale de communication. Non pas uniquement parce que « l’être humain est un être de langage », et que donc ce n’est pas normal qu’il la boucle, mais parce que le silence en dit long (notez le jeu de mots, ohohoh) sur notre société et ses maux. Ou plutôt, SON mal : le smartphone ! Ouais ! Parfaitement ! Et Bubullette ne dit pas ça par jalousie parce qu’elle a un vieux Nok… téléphone réputé pour son incassabilité, tout pourri. Non non non.

Bon, le téléphone entre adultes consentants, ça passe encore. Bien que ça amène parfois à des situations un peu…portable-2

portable-3

portable-5

portable-6

portable-7

portable-8

portable-10

Mais passons. Non, ce qui la sidère le plus, c’est le téléphone « intergénérationnel ». Ce moment gênant où bébé crie à en faire péter les vitres, mais où sa maman doit d’abord finir sa partie de Candy… d’alignement de bonbons sur fond de musique répétitive. Ce moment énervant où, pour calmer / occuper son enfant, en anticipant un éventuel caprice, papa lui tend son portable. Ce moment où la seule réponse envisageable aux « Da ? Da ? Da ?! » répétés de babychou, est de lui tendre l’Objet. Même pas encore désiré. Sur lequel il va baver. Bien qu’il soit « déjà tellement doué avec les écrans ! BIEN meilleur que nous !! Probablement un p’tit génie incompris ».

Oui, sauf que non. Au-delà du danger présumé des vilaines ondes sur le cerveau pas fini de bébé, ce n’est juste pas normal (qu’est-ce que la normalité?) positif que babychou sache retrouver ses vidéos favorites sur Youtube, qu’il soit prêt à vendre père-mère-doudou&tétine pour avoir accès à un écran, ou encore qu’il supporte 3 heures de Peppa Pig sans broncher.

L’ « addiction aux écrans » est l’une des raisons fréquentes des consultations chez bibi, lorsque l’« ado relou de 14 ans » squatte le PC après le lycée, et passe à la tablette quand on lui ôte son PC, et au téléphone quand on lui confisque la tablette. Mais étonnamment, le même comportement chez un enfant de 4 ans ne dérange guère. On l’y encourage, même ! (Point info : il existerait dorénavant une « maladie », dont les symptômes sont à peu près similaires à une attaque de panique, qui se déclarerait lorsqu’on est séparé de son portable → checkez « nomophobie » sur Google-votre-ami :)).

Adieux M. Ennui, Mme Frustration, et vos enfants Imagination-Débordante et Relations-Sociales-Épanouies, bonjour Pauvreté-de-Pensée, Retraits-Relationnels, Toute-Puissance et Surconsommation. Bon, Bubullette abuse un peu, ce n’est pas tout mauvais, comme le note l’Avis de l’Académie des Sciences de 2013 (clique ici : chapitre 8 et plus si affinité).

Bref, de la « génération Y ultra-connectée à la virtualité » que nous sommes, nous tendons rapidement et sûrement à donner naissance à une « génération Z ultra-déconnectée des réalités », et ça, c’est vraiment pas jojo, parole de psy (qui voit des enfants vraiment pas biens du tout…) !

Mais cessons les jérémiades, place à l’action : comment remédier à ces situations de non-interaction transport-en-communteuses ?

De sa modeste place de Bubullette, Bubullette voit quelques solutions :

  • écrire un article sur son blog : check
  • créer des affiches de sensibilisation : euh… micro-check (Si quelqu’un de talentueux veut se lancer…!)

portable-affiche-1

 

portable-9

 

 

 

 

 

 

 

 

portable-affiche-2

 

affiche-2

 

 

 

 

 

 

 

 

  • œuvrer au quotidien : jamais assez de checks !

Bubullette, souvent peu réveillée (début de journée) ou bien bien fatiguée (fin de journée) lorsqu’elle prend les transports en commun, n’en a d’autant plus rien à faire du regard des autres ET pas envie d’entendre un gnome hurler à la mort. Du coup, elle se rapproche très souvent de la boîte-à-cris-sur-pattes et, par là même, de son géniteur-accompagnateur, et elle s’incrustre un chouilla dans la dyade parent-enfant pour faire deux-trois actions / glisser deux-trois p’tites phrases qui pourront, peut-être, être entendues :

portable-1interagir avec bébé lorsqu’il réclame l’attention du parent-au-portable (ce qui a pour conséquence soit de calmer le gnome – et d’intriguer le parent -, soit de le faire un peu flipper, changeant la tonalité des pleurs – et d’intriguer le parent -) ; rendre l’air de rien le portable au parent après que le gnome l’ait fait tomber (parce que peut-être qu’ils sont doués pour tapoter/slider/tactiler, mais dans le genre manchots ils se posent là ! Remarquez, vu la taille des téléphones « portables » actuels, heureusement que l’épigénétique ne permet pas encore aux bébés de les tenir à une main, sinon bonjour les monstres…) et dire « Ah, désolée, je croyais qu’il était à vous *sourire naïf*. » s’il s’empresse de le rendre à babychou ; essayer de réorienter l’attention du gnome-au-portable vers sa maman en échangeant avec elle (il y a un âge où bébé-roi veut prioritairement et exclusivement ce que les autres veulent) ; rendre attentif le parent à certains éléments un peu flippants s’il y en a (désintérêt total pour son environnement quand bébé est sur le téléphone, crise majeure lorsqu’on lui enlève, …) à travers des petites boutades (type Mme qui veut donner un biscuit à baby-tellement-chouté qu’il ne le voit même pas : « Bouof, dans quelques mois il saura comment s’en acheter en ligne, ahah ! ») ; s’adresser à l’enfant pour transmettre un message au parent… Le but n’étant aucunement de culpabiliser le parent, mais bien de noter l’aspect in-anodin de filer son smart-phone à son pas-encore-smart-enfant.

Parce qu’un bébé sur un téléphone ça peut être mignon tout plein quand il a l’âge de blablater et d’avoir accès au « jeu de faire semblant » (clique), mais ça peut tout aussi bien être exaspérant (clique)  voire carrément flippant (clique).

Alors, si vous aussi, êtes sensibles à cette cause, et qu’il vous arrive de sortir de chez vous et de croiser des gens, n’hésitez pas non plus à avoir le toupet de vous engager. Au pire, vous vous ferez gentiment remballer par le parent, qui racontera votre sans-gêne à ses amis, qui le raconteront à leurs amis, jusqu’à ce que l’un d’eux réponde « Ah parce que tu laisses ton portable à ton 2 ans toi ? », et bim badaboum, retour à l’expéditeur, emballé c’est pesé, doctissimo / allobebe / magicmaman seront consultés, et réfléchiront à leur tour aux bienfaits / méfaits des écrans pour bébé !

Si vous voulez, on peut même faire une asso / un site / une page Facebook / un ordre / une confrérie ! Après tout, il existe bien une « Confrérie du Véritable Flammekueche d’Alsace », alors… Manifestez-vous !

Bon appétit bien sûr, et bon week-end !

Parfaitement, j’ai les jetons ! Les voici…

Olah mes lecteurs favoris !

Petit billet doux en ce milieu de semaine frisquet.

Bubullette s’est mise aux « joies » du code de la route, non sans heurt, non sans :
– « Mais pourquoi la A, POURQUOI ?! »,
– « Ah mais parce que s’arrêter et stationner, c’est pas pareil ? Et freiner et s’arrêter non plus ?? »,
– « Je double : OUI / NON. Bah non, je suis tranquille, tout va bien, j’vais pas le doubler. Comment ça si, parce que la situation me le permet ?? Mais il m’a rien fait, j’vais quand même pas l’doubler d’office ! »,
– « Attendez, vous pouvez pas trouver un moyen mnémotechnique plus facile que comparer la multiplication de la dizaine de ma vitesse par six, et l’addition de la longueur des bandes blanches que je vois et de leurs intervalles, pour savoir si ma distance avec la voiture de devant est bonne ? Sérieusement ? … Si ? Aaaah, compter deux secondes, ok. Mais, la question porte sur une IMAGE, ça bouge pas une image ! J’peux toujours compter deux secondes hein… Si vraiment ça vous fait plaisir. »,
– « Faut VRAIMENT que je sache le poids moyen d’une caravane ? »,
– « Mais Mme, hier tu nous avais pas dit tout le contraire ? »,
– « Comment ils ont fait pour filmer cette situation dangereuse ? Ils l’ont vraiment faite ? Ou alors ils l’ont faite sur un simulateur ? Faut qu’j’demande. »,
– « Oh, un moustique, en cette saison ? »,
– « Bubullette, reste focus… »,
et non sans « Oh et puis zut… ».

Le code, ce n’est pas foufou. Ça implique de looongues heures à écouter des bonhommes virtuels vous dire lentement et avec une voix monocorde « Ceci est un tunnel. Un tunnel est un tronçon de route qui… – Enchaîîîîne !!! ».
Et Bubullette, elle a parfois la volonté d’un gros panda. Vous savez, ces animaux qui sont en voie de disparition mais pas fichus de procréer, à tel point qu’on est obligés de leur montrer des vidéos coch… de pandas ?

Bref, grosse flemme. Du coup, elle a essayé de se motiver à faire des séries d’exercices : une série, un bout de fromage, une série, une sieste, une série, une série TV, une série …
Ce qui nous amène à notre sujet du jour : le renforcement, par économie de jetons (« Quel rapport avec la choucroute ? » me direz-vous. Patience, patience.).

Dans le monde de l’autisme, et du conditionnementt de l’éducation en général, il existe, entre autres, un truc magique qui permet à un comportement existant de continuer à exister : le « renforcement », qui sert à renforcer (comme son nom l’indique), à accroître la fréquence d’apparition d’un comportement. Le renforcement peut être soit positif, soit négatif*.
Le renforcement positif, c’est lorsqu’un comportement aboutit à l’ajout d’un élément désirable (aussi qualifié d’ « appétitif » – et non pas d’apéritif, bien que l’apéro puisse clairement être un élément appétitif -). Par exemple, repeindre les murs de Bubullette avec un stylo permet d’obtenir son attention.
Le renforcement négatif, c’est lorsqu’un comportement aboutit à la suppression d’un élément indésirable (aussi qualifié d’« aversif»). Par exemple, repeindre les murs de Bubullette avec un stylo permet qu’elle nous laisse tranquille et qu’elle arrête le bilan.

*Petite parenthèse*
Ce qui fait que, si Bubullette laisse tranquille ou arrête le bilan lorsqu’un enfant souhaite obtenir son attention, il y a des chances que la fréquence d’apparition du comportement baisse. Mais si elle laisse tranquille ou arrête le bilan lorsqu’un enfant souhaite qu’elle le laisse tranquille et qu’elle arrête le bilan, il y a de fortes chances que la fréquence du comportement augmente. Et vice-versa. Elle pourrait toujours cacher tous les stylos de la salle, ou tapisser les murs avec des feuilles de dessin, mais l’enfant est fourbe de nature (sisi!) et trouverait un subterfuge au subterfuge. Comme repeindre les murs avec… ses… d’autres choses encore moins adaptées.
Comprendre la fonction d’un comportement est donc primordial, et se fait généralement au feeling grâce à ce qui s’appelle l’analyse fonctionnelle d’un comportement (quand le comportement surgit-il ? En présence de qui ? Après quel événement ? Qu’est-ce qui en découle ?…). Cela permet d’apprendre à l’enfant un autre moyen d’obtenir le même résultat, mais d’une façon plus appropriée. Et de désapprendre le comportement pas jojo.
*Fin de la parenthèse*

L’élément agréable a plusieurs variables. Il peut varier par sa nature : « primaire », quand il est essentiel à la survie (manger dormir le froid le chaud etc…) ou « secondaire », quand il n’est rien de tout ça (l’attention, … les gommettes, les pin’s). Les agents secondaires n’aboutissent pas rapidement à la satiété (on en veut toujours plus), et sont davantage contrôlables par autrui. Ils permettent notamment de pouvoir gérer leur fréquence d’apparition : on délivre l’agent renforçateur après chaque bon comportement, ou tous les n bons comportements, ou en moyenne tous les n bons comportements, ou toutes les n secondes, ou en moyenne toutes les n secondes et j’en passe, avec le jargon qui va avec mais sur lequel tout le monde n’est pas d’accord.

Bref, Bubullette, elle, elle se fait un truc qui ressemble à peu près à un programme de renforcement continu à ratio fixe, ou un truc pseudo-similaire-du genre. En gros, elle enchaîne les récompenses pour elle-même après chaque infime tentative de faire une série d’exercices. Ce qui n’est pas génial, puisqu’à peine a-t-elle pensé à aller sur le site de l’auto-école que boum-badaboum, son cerveau réclame une récompense, qui peut aller, comme nous l’avons vu, du bout de fromage (3 minutes) à la série TV (30-40 minutes) en passant par la micro-sieste (15-20 minutes). Pas hyper rentable quoi. Donc elle s’est dit : tiens, si je me faisais un système d’économie de jetons ? Et si j’en parlais sur mon blog pour que les gens ils sachent quoi qu’est-ce ?

Nous y voilà donc : c’est parti (et très simple) !
Le système d’économie de jetons est un système permettant de différer la délivrance (?) le délivrement (?) l’obtention de l’agent renforçateur par l’enfant : une série, un jeton, une série, un jeton, une série, un bout de from’du, hop ! C’est une sorte de deal, de « Si… alors… » évolué.

Ça ressemble, en gros, à ça :

fiche-deconomie-de-jetons-exemple

Et pour Bubullette, à ça :

economie-de-jetons-code

economie-de-jetons-code-2

Bon, là Bubullette s’est fait un système d’économie de jetons à long terme en visant directement l’examen, parce que c’est une grande fille (que tu crois, en vrai c’était bout de fromage sur bout de fromage, mais chhhht). Mais normalement le renforçateur doit être accessible rapidement, et de façon certaine (ce qui n’est pas le cas ici, l’auto-école n’ayant pas voulu y mettre du sien en acceptant le deal du « Regardez, j’ai tous les jetons, vous me donnez mon code hein ? »).
Et normalement, le jeton doit être neutre (mais non falsifiable), puisque le but doit être d’obtenir le renforçateur et non le jeton, pour que les jetons puissent à terme disparaître tout en laissant les effets positifs du système. Mais Bubullette a décidé que zut, hein, c’est pas fun un jeton, alors allons-y pour un sticker acheté au Lidd… magasin tout pas cher du coin (Entre nous, elle a d’abord acheté les stickers puis s’est dit « Mmmh, qu’est-ce que je vais en faire ? ». « Je les garde ou je les utilise avec mes patients ? (…) Cruel dilemme… »).

L’économie de jetons est mise en place régulièrement dans notre quotidien : c’est le cas notamment lorsqu’on cumule des points de fidélité dans un magasin, des stickers pour acheter une poêle moins chère (maman, si tu me lis), ou, dans l’enfance, lorsqu’une maîtresse (et pourquoi pas un maître, heiiiin ? Parce que Bubullette n’a eu que des maîtresses. Et que « Zut, là. ») donne des petits autocollants / bons points, et qu’au bout de 10 petits autocollants / bons points Bubullette a le droit à un graaand autocollant / bon point par exemple. Ou lorsque lors d’un grand jeu, chaque activité donne droit à un indice qui permet de trouver l’endroit du trésor. Ou pour l’apprentissage de la propreté : pipi – croix – pipi – croix – pipi – bonbon. Et, sur des durées plus longues, lorsque la petite souris apporte une pièce à l’enfant pour le féliciter d’avoir été un grand gaillard en perdant sa dent, et que l’enfant, après avoir accumulé ces bouts de métaux, comprend que ô magie, ça lui donne le droit de faire du troc contre quelque chose de rudement plus chouette.

Et découverte du jour : certains parents utilisent également le système d’économie de jetons à l’envers : « Bon, le gnome, on sort chez Trucmuche, tu as 5 jetons. Je t’en enlève un dès que t’es un peu ch… pénible. Si tu n’en as plus en rentrant, fais gaffe chenapan. ». Variante du « 1… 2… 3… Gare à toi ! ». Bon, ça ne va pas dans le sens du courant éducatif actuellement majoritaire, mais Bubullette s’en fiche un peu, de un, et trouve même ce système un peu soft. Mais néanmoins utile dans le cas d’hyperactivité (la vraie), d’enfants en bas âge, etc… Ça peut permettre à l’enfant de se responsabiliser en choisissant les renforçateurs, ou de dépenser ou non les jetons pour en avoir un plus puissant, et permettre au parent de ne pas trop porter attention aux comportements-problèmes sur l’instant, tout en pouvant y revenir une fois le gnome calmé. Et si les disciples de l’éducation positive à outrance s’offusquent : « De toutes façons, c’est comme ça, et pas autrement. Non mais. ».

Voilà voilà ! Passez une bonne fin de semaine. On aura l’occasion de se recroiser par ici !

PS : Bubullette n’a pas gagné tous ses jetons, mais a quand même eu son code ! Epic win. 😀

(*Il existe aussi trois type de réponses qui permettent de faire diminuer la fréquence d’apparition d’un comportement  : la punition positive, qui consiste à ajouter un élément désagréable, comme gronder un enfant qui dessine sur les murs (ce qui n’a généralement pas l’effet escompté sur les enfants avec autisme – qui peuvent trouver ça hilarant au contraire –, mais de l’effet sur les enfants tout-venants, sauf quand l’élément est associé à un autre élément renforçant plus puissant – avoir l’attention du parent –), et la punition négative, qui consiste à ôter un élément agréable, comme éteindre la télé à un enfant qui a préalablement dessiné sur les murs.
Enfin, la procédure d’extinction consiste à chercher à faire diminuer la fréquence d’apparition d’un comportement en ne changeant rien dans l’environnement, comme continuer à faire sa vie lorsqu’un enfant dessine sur les murs (ce qui a de l’effet sur les enfants avec autisme, et les enfants tout-venants, mais génère généralement une augmentation de l’intensité du comportement pour tenter d’obtenir malgré tout le renforcement, et nécessite donc l’apprentissage en parallèle d’un moyen plus approprié d’obtenir le même résultat.).

Sous les symptômes, l’autisme.

C’est encore moi ! Oui, je sais, ça surprend. L’existence de ce blog m’est réapparue, de même que l’inspiration. Mais ne vous y habituez pas, je vais probablement re-disparaître dans quelques temps 😉

En attendant :

Qu’est-ce que l’autisme ? Ah-ah ? Bonne question !

De nombreux débats existent quant à sa nature (plutôt un état, un handicap, une maladie, une déficience, une cécité, …), et donc à sa possibilité d’être guéri ou non, mais aussi à la simple terminologie à utiliser (Parle-t-on d’ « autiste », d’ « enfant autiste », d’ « enfant avec autisme », d’ « enfant atteint d’autisme » ?) et j’en passe (inné ou acquis, prise en charge comportementale ou développementale, intégrative, exclusive, intensive ou non, scolarisation ou non, classe ordinaire ou spécialisée)…

Pour certains, le positionnement autistique est une étape normale du développement, de laquelle certains enfants ne parviennent pas à sortir. Pour d’autre, il s’agit d’un ratage d’accès à l’une ou l’autre compétence essentielle au développement de « l’inter-subjectivité » (Ouh le vilain mot ! Mais il est compréhensible celui-là.), ou d’un défaut de « subjectivation ». Pour d’autres, il s’agit d’une nouvelle structure psychique, au même rang que la névrose (la plupart d’entre nous. Oui, toi aussi.), la psychose, … Pour ceux qui ne veulent pas réfléchir à la question en termes psychiques, il s’agit d’une pathologie neuro-développementale (comme indiqué dans les derniers manuels diagnostics), au même titre que les dys-… (dyslexies, dyspraxies etc). Pour d’autres enfin, il s’agit simplement d’un syndrome caractérisé par certains symptômes, décrits dans les manuels diagnostiques.

Et même pour ces symptômes, les causes n’étant pas connues, ça y va !
Pour certains, il s’agit du résultat de particularités neurologiques, biochimiques, … innées (recherche des gènes impliqués dans l’autisme, de marqueurs biologiques de particularités neuro-développemantales) ou causées par des éléments extérieurs (vaccins, antibiotiques, gluten, métaux lourds, …). Pour d’autres, il s’agit de mécanismes de défense face à un monde trop angoissant, ou d’une réponse à un traitement de l’information hyperperméable (qui ne filtre pas grand chose). Enfin, la théorie la préférée de la majorité est que « C’est compliqué. », « Il doit y avoir des causes multiples. », « L’origine est plurifactorielle. », « L’autisme est la voie finale commune de dysfonctionnements développementaux ayant impliqué des facteurs endogènes et exogènes. » (à vos souhaits).
… Et si les symptômes étaient en fait la cause ? Mind blown !

Donc même entre professionnels de santé, et même en ayant un joli tableau reprenant les indications des manuels diagnostiques, on n’est pas forcément tous d’accord entre nous… Oups…

Bubullette, elle, elle a beaucoup de mal à dire qu’un enfant est autiste lorsqu’elle ne le sent pas. Même s’il a tous les signes cliniques. Même si ses collègues lui disent que si, « parce que la triade (trois domaines de développement touchés dans l’autisme) blablabla ». Parfois, souvent même, elle ne le sent pas. Parce que parfois le retard de développement est tellement grand que l’enfant ne peut que présenter tous les signes. Parce que parfois l’enfant, même s’il ne semble pas en lien, recherche perpétuellement l’attention à travers des bons gros comportements-problèmes. Parce que parfois l’enfant présente des moments d’interaction tout à fait adaptés pour son niveau de développement, entrecoupés, certes, d’agitations intempestives des doigts / bouts de ficelle / objets. Parce que parfois l’enfant a davantage l’air blasé par la vie (ceci n’est pas un diagnostic) que dans son monde. Parce que parfois l’enfant semble avoir réellement envie d’interagir mais pour on-ne-sait-quelle-raison n’y arrive pas. Et parce que Bubullette ne se sent pas pareil face à tous les enfants qu’elle rencontre. Elle se sent parfois exister à leurs yeux, parfois totalement ignorée, parfois source d’angoisse, parfois source d’excitation. Parce que Bubullette a envie d’y aller mollo avec certains, de prendre son temps pour les approcher (typiquement avec les enfants autistes), alors qu’avec d’autres elle y va franco dans la sur-stimulation (plutôt les enfants ayant des troubles neuros, syndromes quelconques, ou retards massifs), tandis que pour d’autres encore, elle ne comprend rien à ce qu’il se passe, elle ne parvient à décrypter quoi que ce soit, voire elle se dit « What the … Gniii ? Qu’est-ce qu’il vient de se passer ? » (plutôt pour les enfants psychot… qui ont un rapport très particulier au monde). Paraît que c’est le contre-transfert. Ou peut-être pas. Un « savoir subliminal ». Mais va faire valoir ton savoir subliminal auprès des médecins / parents / collègues qui te demandent ce qu’a l’enfant.

oui-mais-non

(N’allez pas croire que si vous avez envie de gronder un enfant, il n’est pas autiste hein. Bubullette, quand elle fait passer un bilan, essaye d’être pleinement disponible pour l’enfant, donc déjà le cadre influe beaucoup. Et tout dépend des personnes, des sensibilités. Il faut pas mal se connaître pour essayer de connaître l’autre en réfléchissant à la façon dont on le perçoit.)

Bref, Bubullette fait régulièrement sa chieuse fille pénible en réunion de synthèse. Alors maintenant, pour mettre tout le monde d’accord, Bubullette dit que l’enfant « présente la symptomatologie autistique / un retrait autistique, mais n’a pas l’air autiste pour autant ». Et débrouille toi avec ça. … Alors oui, les parents seront peut-être rassurés d’enfin « savoir » ce qu’a leur enfant, et d’avoir des aides financières / humaines à peu près adaptées. Mais en vrai, malheureusement, ça ne nous avance pas toujours toujours à grand chose. Si ce n’est à dire que telle thérapie, telle alimentation, « a sorti l’enfant de l’autisme », « a guéri l’autisme », « a besoin de beaucoup d’argent pour continuer les miracles », parce que les enfants pris en charge / soin / accompagnés n’étaient pas vraiment vraiment totalement autistes (Bubullette est mauvaise langue, bouh ! Mais elle n’aime pas trop qu’on embobine les familles qui sont déjà pas mal en souffrance.). Et puis, ça permet de faire semblant, l’espace d’un moment, que finalement on n’est pas si impuissant que ça face à ces enfants. Que l’on sait, non mais !
Parce que l’autisme, en vrai, ça reste un bon gros point d’interrogation bien gluant duquel on n’arrive pas toujours à se dépêtrer. Et ça, on n’aime pas bien.

Alors un diagnostic, oui, malgré tout ces questionnements. Mais Bubullette est bien contente de pouvoir assister à son annonce, et expliquer une partie des subtilités aux parents qui lui ont fait confiance. De pouvoir parfois tenter de nous rappeler, à tous, qu’au-delà des mots il y a un enfant, ou, de plus en plus, un adulte, qui nous offre moult moult bons gros défis rien qu’à lui tout seul. Et qu’on a plutôt intérêt à former une équipe, pour la personne autiste, et non contre telle ou telle hypothèse étiologique / terminologie / prise en charge, malgré les nombreux débats que l’on peut entendre par-ci par-là partout.

Et bonne semaine chers-mes-lecteurs !

Sous la porte

Oulah, non, n’allez pas croire que je mets la clé sous la porte : mon bizness marche plutôt bien ! J’ai du travail, plein de travail, troooop de travail. Tellement trop que voici un petit article comme ça, un peu confus, à ne plus trop savoir comment vous le poser ici.

En douce. Sous la porte. Comme… un bilan à rédiger depuis des mois, posé « négligemment » entre deux dossiers dans la bannette du médecin. Comme… un post-it, laissé « négligemment » sur un bureau (J’aime les post-it. Vraiment ! Ce concept d’éphémèritude vachement relative : « Ce message s’autodétruira… quand tu auras perdu ce post-it. Ou alors peut-être que tu vas le garder. Y’a vraiment des gens qui gardent des post-it ? Ah bah oui, c’est vrai que t’es bizarre. ». Cette temporalité loupée : « Là, je suis là, mais j’ai prévu que quand tu y seras je n’y serai plus, donc voilà. ». Cet exhibitionnisme du message privé : « Hé, regarde, y’a un truc hyper flashy qui ne nous est probablement pas destiné, mais qui nous dit « Eh oh ! », dans le doute on va le lire ! »… J’aime les post-it !). Ou comme… une lettre d’amour, glissée « négligemment », sous la porte, à la volette, en espérant ne pas tomber sur le destinataire.

Sous la porte.

Je va bien, tout va bien… ! Pas mal de boulot, de glissements de tâches* parfois, de terrains glissants souvent. Mon bureau officiel est toujours beaucoup trop beau, j’aime toujours manger, et j’ai investi dans une jolie boîte à gâteaux (–> celle-ci, mais dans une boutique alsacienne non mais oh !) histoire de level-uper dans mes pauses goûter et dans l’offrande apaisante de chocolats aux collègues. Je vais éviter de parler ici de mes petits patients (non consœur/frère, n’analyse pas sauvagement le « mes petits », mon contre-transfert va bien), mes doigts galopant sur le clavier tels des caribous libertins et ne me laissant pas le temps de vérifier la bonne teneur des informations que je lâche. Je fais toujours encore des « reprises » (j’en parlais ici), des bilans (j’en parlais ici), et j’ai été pas mal missionnée sur des tâches un peu plus … euh … différentes ! consistant en grande partie à faire un état des lieux des soins que l’on offre aux enfants autistes accueillis dans notre service. En gros, plein de tableaux faciles à faire, pénibles à remplir (mais pas par moi, héhé !), et insupportables à analyser (par moi, bouhouhou!). MAIS, c’est formateur (← cet argument est une arme de destruction massive. Ça et le « C’est pour ton bien. »).

Et comme je suis une fille plutôt cool (il paraît ! Sauf quand j’ai faim / sommeil / qu’il fait froid), je glisse aussi sous la porte, à l’attention des personnes travaillant dans le domaine ou s’y intéressant, le fruit de mes petits neurones :

– un tableau permettant de tester la compatibilité affective de notre service avec les recommandations de la HAS : evaluation-interne-rbpp-has-autisme-2016

Et mon dernier bébé (pas totalement fini mais j’ose néanmoins le montrer) :

– un tableau comparant les différents concepts d’autisme / TED / TSA dans les dernières classifications : comparatif-tsa-ted-cftmea-cim-dsm
Grosse grosse nécessité pour essayer d’y comprendre un chouilla quelque chose au « spectre de l’autisme ». Bon, en vrai, ça peut être plus confusant qu’autre chose, mais au moins ça a le mérite d’être clair… que c’est clairement le foutoir, ahah !

Exemple : beaucoup d’enfants vus pour une évaluation diagnostique se retrouvent avec l’étiquette de « trouble envahissant du développement non spécifique (TED NS) », d’ « autisme atypique », d’ « autisme sans précision »… catégories qui sont vendues par les sites « spécialisés » comme étant parfois similaires, parfois inclusives, parfois exclusives… bref, personne n’est d’accord. Dans la réalité, ces catégories sont utilisées très fréquemment lorsque l’on ne comprend pas vraiment le fonctionnement de l’enfant, qu’il a des traits un peu étranges, qui nous inquiètent en tant que professionnels de santé, mais qui ne répondent pas au diagnostic entier d’autisme. Mais ces catégories ont toutes en commun un positionnement un peu déroutant : le coup du « oui… mais non ». Oui, on va dire qu’il a un « TED », qu’il est « autiste », mais c’en n’est pas un vrai hein, c’est un « non spécifique » celui-là, un « atypique » ! Ou comment donner à qui veut l’entendre l’information selon laquelle l’enfant est, quand même, un peu autiste, ou à qui ne veut pas l’entendre celle selon laquelle l’enfant n’est pas entièrement autiste, et donc, tout comme on peut nier être roux si l’on n’est que blond vénitien, pas du tout autiste. Alors bon, après tout, quitte à ce que ce soit flou, les derniers manuels diagnostic (DSM-V et bientôt CIM-11) ont décidé de tout mettre dans le même panier avec un continuum : les troubles du spectre de l’autisme (pas mal pour halloween !). Un mal parce que ça rajoute tellement du flou au flou que Bubullette transfère sa myopie prononcée au domaine qu’elle pensait un chouilla gérer. Un mal parce que tout enfant avec qques difficultés qui va venir dans une démarche de diagnostic passera de la petite catégorie floue « TED NS » / « autisme atypique » / « autisme sans précision » à la grosse famille de catégories très floue « TED » / « TSA » (3ème ligne du tableau). Un mal parce que ce vaste fouillis ne nous permet pas d’avoir la disponibilité psychique pour penser plus loin que « un peu / beaucoup / passionnément autiste ? », comme si l’autisme était devenu l’unique diagnostic dès lors que l’enfant est un peu pataud / peu éveillé / dans sa bulle. Un bien si ça peut nous permettre de penser l’enfant en tant que sujet, ayant des compétences et un fonctionnement propres, ne rentrant pas dans une case pré-établie. Mais n’est-ce pas là le but des manuels diagnostics, de fournir des cases pré-établies pour que l’on puisse penser à partir d’elles et tenter d’aider l’enfant à en sortir ou, au pire, à s’en accommoder ?

Damn… Des caribous libertins, je vous disais ! Pour en revenir à nos moutons (purs et innocents), j’ai tenté de rendre ce tableau le plus exhaustif possible, avec la majeure partie des infos fournies par les différents manuels. Alors forcément c’est compact et difficilement lisible, et il a fallu que je mette plein de petites abréviations. Prenez soin de vos yeux et de votre joie de vivre : zoomez, imprimez au format A3, et demandez-moi ! 🙂

Allez zou, bonne nuit chers lecteurs !

(*Au sens très large : exécution de certains actes par des professionnels n’étant pas censés les prendre en charge.)